Le
 

Éditoriaux

Février 2011 L’art de tuer un village
Décembre 2010 Vieillir au Québec
Novembre 2010 L’agression
Octobre 2010 La menace
Septembre 2010 La vie
Juin 2010 La mort
Mai 2010 Le trip du règlement
Avril 2010
Mars 2010
Février 2010
Décembre 2009

@ Pour nous écrire vos commentaires

Éditorial
L’art de tuer un village.
Daniel Pezat

Depuis plus de trente ans, le rouleau compresseur est en marche. Petit à petit, les communautés rurales sont écrasées, aplaties, rayées de la carte du Québec.
 
L'image du rouleau compresseur est peut-être forte. En fait, c'est plus subtil, plus sournois que ça. Le canton de Lingwick n'échappe pas à ce nivelage. Dans les années 70, c'est notre école qui a été fermée, non pas tant par manque d'enfants que pour favoriser un village plus gros.
 
À la fin des années 80, nous avions une manufacture de couture qui donnait de l'emploi aux gens de chez nous. Elle aussi est disparue.
 
Dans les années 90, c'est notre bureau de poste qui a été remplacé par un comptoir au magasin général. Avant ça, c'est le comptoir de Gould qui avait été fermé.
 
Durant les années 2000, notre caisse populaire est devenue un point de service Desjardins. Dernièrement, elle a mis fin à des avantages dédiés aux aînés.
 
La fabrique planifie tranquillement sa disparition…
 
À l'automne 2010, c'est une compagnie minière qui, s'appuyant sur une loi aussi injuste qu'immorale, se propose de faire de l'exploration au cœur de nos villages.
 
En fin d'année passée, nous apprenions, via une circulaire, que nos services postaux seraient réduits.
Où cela va-t-il s'arrêter? Jusqu'à quand allons-nous nous laisser dépouiller de nos biens, de nos services et de nos droits?
 
Les services diminuent par manque de population et la population diminue par manque de services. Bon c'est vrai, je pousse un brin. Le syndrôme de la saucisse est tout de même bien là.
 
Chez nous, il se fait des efforts et de bons coups pour changer la donne. Que ce soit le conseil municipal, l'entreprise privée ou les organismes, tout le monde a à cœur de voir vivre notre canton.
Le drame, les pressions, l'idée de nous voir disparaître vient d'ailleurs. Et toujours pour la même maudite raison : le profit! La piastre! L'aspect humain, fuck! Quelqu'un, quelque part, voudrait bien nous voir parqué en ville pour diminuer les coûts de services et surtout laisser le champ libre aux compagnies d'exploitation en tous genres.
 
La commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) n'est pas en reste, contrôlée par l'UPA (Union des producteurs agricoles); elle se fait complice de cette façon de faire en bloquant de nouvelles constructions d'habitations pour, supposément, protéger les terres agricoles. Au fait, pouvez-vous me dire pourquoi le propriétaire d'une terre a du mal à pouvoir bâtir une nouvelle maison pour ses enfants, alors qu'une entreprise minière ou gazière a tous les droits pour ravager la même terre?
 
On dirait que chaque fois qu'il se fait quelque chose de bien pour notre canton, quelqu'un pour mal faire nous met des bâtons dans les roues; on a l’impression de se battre contre le système imperméable au bon sens. On dirait que le gouvernement veut à tout prix fermer les petites communautés.
 
Pour les jeunes, l'attrait de la ville ne s'arrêtera pas demain. Pourtant, partout dans notre MRC, il se fait des efforts de rétention. L'amour de nos collines sera-t-il suffisant pour garder nos enfants et attirer les jeunes adultes en quête d'air pur et d'espace? Pourtant, nous avons une vie sociale et communautaire dynamique. Il reste le problème des emplois. Ce n'est pas d'hier qu'ils sont rares dans le canton, bien du monde doit aller travailler loin de la maison. Le travail autonome a encore du mal à s'implanter chez nous. Pourtant, Lingwick n'est qu'à un peu moins d'une heure de route de Sherbrooke; il pourrait devenir (je n'aime pas le terme) une cité dortoir, loin de la pollution et du bruit. Crack! R
 
Quinze jours plus tard
 
Il y a deux semaines, je me suis grièvement blessé à la main gauche. Je n'ai plus pour le moment l'inspiration nécessaire pour continuer ce texte. Je vous le propose néanmoins. Toutes mes excuses. R


Éditorial de Daniel Pezat : Vieillir au Québec

Depuis plusieurs mois, les conditions de vie de nos aînés soulèvent des questions à travers le Québec. Je me demande si nos vieux sont en sécurité, tant dans les centres d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) qu'en résidences privées. On assiste à une augmentation de 39 % des plaintes de citoyens inquiets, en ce qui a trait aux services sociaux et à la santé. Parmi les situations urgentes, il y a celles qui touchent les personnes âgées et vulnérables qui comptent sur les services publics pour assurer leur sécurité et leur bien-être dans les CHSLD.
 
Une autre situation préoccupante : les résidences privées pour aînés. Le gouvernement certifie des résidences et par la suite, il ne vérifie pas la qualité des services qui y sont donnés. En principe, toutes les résidences privées pour gens du troisième âge devaient recevoir une certification avant le mois de mars 2010. Aujourd'hui encore, 20 % d'entre elles continuent de fonctionner sans certification.
 
Des histoires d'horreur sont régulièrement mises au jour. Des soins inappropriés, la malpropreté des lieux, l'hygiène au quotidien des patients, la sécurité des personnes, la peur que les pensionnaires âgés ont des menaces et des mauvais traitements s'ils font une plainte. Les gens lucides et ceux souffrant de troubles mentaux mis dans le même service. « ...Par souci d'économie, on réveille les pensionnaires et on les fait déjeuner à 5 h 30 pour ensuite les recoucher... », s'indigne Mme Johanne Galipeau, d'Action autonomie. « ...Cette situation est dénoncée depuis plus de dix ans et rien n'est corrigé... »
 
Un seul bain par semaine pour nos vieux. Qui me dira qui a décidé de ne donner qu’un seul bain par semaine aux gens en CHSLD? Y a-t-il un seul député à l’Assemblée nationale qui ne prend qu'un bain par semaine? Belle société, bel avenir pour les plus vieux d'entre nous! Dans bien des cas, le manque de visites de la famille aggrave considérablement les choses. L'isolement et la solitude s'installent. L'oubli n'est pas loin. Nos aînés, les vrais grands bâtisseurs du Québec, ne méritent pas le sort qu'on leur réserve. La garde forcée, l'isolement et la contention affectent grandement leur santé. Des gens sortent brisés par ces pratiques. Les résidences, publiques ou privées, ne sont-elles que des mouroirs?
Dernièrement, une dame de 84 ans a déclaré à la ministre de la Santé et des Services sociaux : « Mme la ministre, vous savez, quand je parle, personne ne m'écoute, quand je passe, personne ne me regarde. Je suis invisible. C'est ça, vieillir au Québec. » Tout le drame du vieillissement est là! Il est évident que cet isolement n'a pas été choisi, il est imposé par une société qui refuse de vieillir et nie la vieillesse. Avant d'entrer sur le marché du travail, les individus ne sont rien ou presque. Une fois qu'ils en sont sortis, à nouveau, ils ne sont rien ou presque. Le capitalisme qui sert de structure sociale en est le grand coupable.
 
La vieillesse, ça se prépare. Il est fini, le temps de la chaise berçante pour les nouveaux vieux. Il est normal que la solitude nous attende car, avec le temps, nos rangs s'éclaircissent. La solitude est nécessaire pour l'ultime départ, on ne s'en va pas au beau milieu du party. Le plus déroutant est cette vérité qui s'installe en même temps que nos forces diminuent. Nous pouvons toujours prendre la parole, on nous entend, mais on ne nous comprend plus. Les nouvelles générations ne sont pas différentes de la nôtre. Elles refont les mêmes expériences de vie, sans savoir et cela aussi est normal. Doit-on pour autant accepter l'abandon de ceux qui atteignent l'hiver de leur vie?
 
C’est souvent avec des statistiques que l’on nous présente le vieillissement, comme si les vieux n'étaient que des chiffres. Cette situation touche les bases de notre société. Il nous faut reconnaître ceux qui nous ont précédés en offrant des soins et des services aux gens qui actuellement sont en situation de dépendance. Cela nous concerne tous. Demain, qui sait, nous en serons les probables bénéficiaires. R

 Exergue « …Je suis invisible. C'est ça, vieillir au Québec... »


Éditorial de Daniel Pezat
L’agression

Lingwick est dans la mire d’une compagnie minière. Pour mal faire, dans les deux villages de Gould et de Sainte-Marguerite. Pour le moment, on nous parle d’exploration. Que nous réserve l’avenir? Que voulons-nous comme avenir? Voulons-nous conserver notre coin de pays sans pollution ou voulons-nous une mine au cœur de notre territoire?
 
Une loi injuste et perverse nous interdit tous recours. Sommes-nous obligés de respecter cette injustice? Allons-nous sans rien dire, sans rien faire, laisser des creuseurs de trous saccager notre chez-nous? À la limite, la question n’est pas de savoir si nous allons gagner ou perdre. La question est de savoir si nous allons nous laisser conduire comme du bétail à l’abattoir, ou si nous allons nous tenir debout et nous battre. En Abitibi, le village de Malartic a été rayé de la carte, la compagnie minière Osisko a pris le contrôle de la municipalité, les maisons ont été démolies ou déplacées pour creuser une mine à ciel ouvert dans ce qui était le milieu de vie de centaines de personnes. Lingwick ne doit pas devenir un Malartic du sud.
 
La municipalité a été informée que les périmètres urbains de Lingwick et de Gould étaient sous le coup d’une demande de « claim »! Elle a demandé à ce que soient exclues du claim les propriétés municipales. Le conseil a pris une chance de demander également à ce que les biens patrimoniaux, comme les cimetières et les églises, soient eux aussi exclus. Si la loi doit s’appliquer et si l’exploration indique des résultats positifs, peu importe où, nous pouvons dire adieu à tout cela. Voulons-nous voir les églises, les cimetières devenir des terrils où gravas et déchets polluants s’entasseront? Les commerces ne sont pas protégés. Voulons-nous voir le travail de toute une vie anéanti? Le conseil municipal du canton de Lingwick, peu importe notre allégeance, est pour la circonstance notre conseil. Nos élus nous représentent. Il est bon de les soutenir. Nous devons tous être solidaires et faire front commun.
 
Depuis des années, le canton a investi énergie, temps et argent (notre argent) dans le développement de notre territoire. Des aménagements touristiques ont été construits. Des sommes importantes ont été dépensées pour la confection d’un schéma d’aménagement et d’un plan d’urbanisme. Tout ce travail sera balayé du revers de la main. Quelqu’un nous dédommagera-t-il? Bien que les compagnies minières disposent de moyens colossaux, nous devons empêcher ce massacre. Que pouvons-nous faire? Informer les gens et décider d’un plan d’action. Alerter les médias, faire assez de bruit pour que le monde entier nous entende. Faudra-t-il comme les autochtones dresser des barricades? Qui veut vivre à Lingwick Mines?
 
Les compagnies minières ont presque tous les droits. Municipalités et citoyens ont les mains liées. Nous pouvons au moins ruer? Nous devons ruer! Je suis certain que le conseil fera tout en son pouvoir pour contrer cette agression. Ce ne sera pas suffisant si la population du canton, nous tous, ne nous mobilisons pas derrière lui. Comme toujours, les mines font miroiter des emplois. Ne nous leurrons pas. Lingwick est une communauté agricole et forestière. Les emplois que l’on nous fera espérer sont spécialisés et la main-d’œuvre viendra d’ailleurs. D’aucuns diront que cela va apporter la prospérité dans le canton. Que c’est un investissement pour les générations futures. Les seuls gains que nous aurons sont : le bruit, la poussière, la pollution et un pays ravagé.
 
L’exploration, c’est des forages. On y utilise beaucoup d’eau. Que va-t-on faire des résidus solides et liquides? Les compagnies minières sont reconnues pour se moquer de l’environnement. La seule chose qui les intéresse, c’est le profit. Leur profit! Exploration ou exploitation, quand elles partent, il ne reste qu’un trou et des déchets. Est-ce cela que nous voulons? S’il y a des redevances, à qui et combien? À quelles conditions? Le plus souvent, ce ne sont que des miettes à comparer aux bénéfices que l’exploitant engrange. Les pressions que les compagnies exercent sont énormes et le tordage de bras n’est pas exclu. Je ne veux pas déclencher la panique, mais l’heure est grave.
 
Lingwick s’est toujours tenu debout. Ensemble, nous avons mené des combats : en 1991, pour nos enfants et en 1998 pour sauvegarder l’intégrité de notre canton. Une fois encore, nous voici confrontés à l’arbitraire et à l’injustice. Défendons-nous! R


Rubrique : Éditorial
Titre : La menace
Auteur : Daniel Pezat

Il est 5 h. En ce matin de septembre, je prends mon café sur la galerie. Le jour se lève sur les collines du côté de la rivière Rouge. De la brume dans les creux de terrain, le murmure du ruisseau proche. Tout est paix et tranquillité. Pourtant, je sens comme une anxiété de voir toute cette nature saccagée au nom du profit. La menace est là, elle gronde et je m'inquiète.
 
Le gouvernement de Jean Charest est pourri jusqu'à la moelle. Je n'invente rien. Tous les médias font état de la corruption qui ronge l'Assemblée nationale. Toutes les commissions d'enquête n'y changeront rien; elles ne sont d'ailleurs dans les circonstances qu'une parodie où l'on cherche un peu n'importe quoi, mais sûrement pas la vérité.
 
Le gouvernement du Québec, c'est bien connu, est à la solde entre autres des lobbies des grandes compagnies minières, pétrolières et gazières. Nous avons appris récemment qu'il venait d'accorder trois cents permis d'exploration du gaz de schiste. Personne ne sait trop quelles en seront les conséquences. Ce qui est certain : la pollution sous toutes ses formes sera au rendez-vous. Lingwick pourra-t-il y échapper?
 
Le gaz de schiste provient de roches qui ont acquis une structure feuilletée sous l'influence de contraintes tectoniques. Le gaz de schiste se forme par la lente décomposition de matière organique. Elle est enfouie par les sédiments. Avec le temps, elle se transforme en hydrocarbure. Sous l'effet de la chaleur et de la pression, le gaz naturel se forme dans des roches mères : des schistes. La majeure partie du gaz se déplace des roches mères vers des roches plus poreuses comme le grès et le calcaire. En fait, le gaz de schiste est du gaz naturel emprisonné dans les schistes.
 
Le forage pour l'exploration n'est pas sans risque. Les émissions fugitives de méthane et des fuites de sulfure d'hydrogène, un gaz explosif et toxique, sont très dangereuses pour la santé. Il y a aussi un gaspillage de grandes quantités d'eau pour procéder à l'extraction. Des injections de solvants chimiques dans le sol pour fractionner le schiste et en extraire les bulles de gaz contamineront les sols et la nappe phréatique. De très grands bassins de récupération de l'eau contaminée dont on ne sait pas à ce jour trop quoi faire sont nécessaires.
 
Au Québec, l'obtention de permis de prospection ou extraction de gaz de schiste n'est pas conditionnelle au règlement sur l'évaluation et l'examen des impacts sur l'environnement. Des citoyens ou des groupes ne peuvent donc pas déclencher une audience du BAPE (Bureau d'audiences publiques sur l'environnement) sur un tel projet. Le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs ne dispose pas encore de directives pour encadrer l'octroi de certificats d'autorisation environnementale. Ceux-ci ne sont même pas toujours nécessaires pour les puits d'exploration. La Loi sur les Mines empêche par ailleurs les municipalités inquiètes de s'opposer à des projets de prospection ou d'exploitation. Elles ne peuvent pas limiter de tels projets, par exemple, par des règlements de zonage. De plus, les propriétaires fonciers n'ont aucun droit sur le sous-sol. Les droits miniers appartiennent à l'État qui les cède à qui bon lui semble.
 
Nous voici de retour aux belles années de l'Union nationale et du cheuf Maurice Duplessis qui bradait nos minerais à un cent la tonne. Nous devons tous ensemble ne pas laisser se commettre les mêmes inepties. Les conditions nébuleuses dans lesquelles sont accordés des permis, le manque d'information et de transparence de l'industrie et du gouvernement, l'absence dans ce dossier des municipalités et des citoyens autour d'un choix si crucial reflètent bien la vision qu'a l'État de la gestion de nos ressources. Il faut le dénoncer. Nous devons tous faire partie du débat. L'histoire de l'énergie au Québec montre qu'il faut se méfier des ballounes. Souvenons-nous du nucléaire, de l'éthanol, du Suroît, rappelons-nous le forage pétrolier, les ports méthaniers, les pipelines, les petites centrales, le harnachement inutile des dernières grandes rivières, le développement chaotique de l'éolien, etc. Le développement du gaz de schiste n'est qu'une autre balloune politico-économique qui pourrait être très préjudiciable au développement énergétique à long terme du Québec.
 
Nous devons être prudents. Il faut exiger des études d'impact à l'échelle locale, régionale et nationale de ce développement industriel majeur. Ces études doivent se tenir loin de toute connivence entre les politiciens et les brasseurs d'affaires. R

 


Rubrique : Éditorial
Titre : La vie
Auteur : Daniel Pezat

Un homme à l'heure de la vieillesse regarde sa vie, les jours passés et ceux comptés qu'il lui reste. Toujours, il a voulu se tenir debout. Tenace face aux épreuves, heureux d'un lever de soleil, déçu de la bêtise humaine. Comme un long poème, son existence semblable à celle de tant d'autres aura été finalement une quête de la joie de vivre, de la beauté des choses.
 
Il a connu la méchanceté, les yeux plissés de la méfiance et les visages flasques des gens sans opinion. Il a vu des mains tendues, souvent ouvertes, parfois fermées. Des mains qui sont devenues des poings levés. Il a vu les frontières de barbelés, la faim et la misère mais toujours, il a regardé plus loin du côté du cœur, du côté de la beauté. Il a contemplé des cieux gris ou bleus des bords de la mer. Aimé les filles en jupes dans la lumière de l'été, le sourire de l'amitié, le chant d'un oiseau ou un voilier qui rentre au port.
 
Au-delà des sanglots et des cris de colère des humains apeurés. Loin du bruit de la ville, de ses chantiers, des sirènes des policiers et des sacres des éboueurs. Il a connu la guerre que font des enfants encouragés par des aînés assassins. Loin de tout, aujourd'hui, il écoute le calme de sa campagne, le murmure du ruisseau, le chant de la tourterelle à l'aube d'un jour de printemps. Il entend son sang qui coule dans ses veines, le bruit de la terre dans un crépuscule rougeoyant. Dans le silence de l'hiver, il sent la vie qui court en lui. La vie est là!
 
Quand il y a de la vie, il y a de l'espoir. Tant que nous avons de l'espoir, nous gardons notre volonté et nos pensées tournées vers demain. L'espoir nous donne le courage pour retrousser nos manches et faire de notre mieux! L'espoir n'a jamais rien arrangé comme par magie. Il y a des choses et des gens qui sont irremplaçables. Il est important de préserver notre capacité d'accepter ce que nous ne pouvons changer. Les leçons que nous retirons de nos bons coups comme de nos erreurs n'ont pas de prix. Ce sont les expériences d'une vie.

Avoir foi en la Vie. Ce n'est pas uniquement croire  que tout s'arrangera, mais savoir que tant que nous nous efforcerons de bien faire ce que nous avons à faire, tant que nous chercherons à nous améliorer et tant que nous serons des bâtisseurs et non des destructeurs, nous pouvons être certains qu'il y a quelque chose de bien à venir. Sachant qu'il y aura une amélioration dans notre vie, nous pourrons en faire bénéficier les gens qui nous entourent. L'espoir et la foi en la Vie pourront toujours avec notre aide, déplacer des montagnes!
 
Notre joie de vivre n'a rien à voir avec les circonstances. C'est une chose que nous décidons à l'avance. Que nous aimions ou non ce que nous faisons ne dépend ni des gens ni du lieu, mais de la façon dont nous organisons notre propre pensée. Aimer la vie, c'est décider de l'aimer. Le bonheur est une décision que nous pouvons prendre chaque matin. Nous avons le choix. Nous pouvons passer la journée au lit à nous plaindre des choses qui ne vont pas à notre goût, ou nous lever et profiter de celles qui vont bien.
 
Chaque jour est un cadeau, aussi longtemps que nous pourrons respirer. Nous devons nous concentrer sur ce que nous pouvons accomplir pendant chaque nouvelle journée. Malgré l'usure du temps, nous devons nous réjouir de tous les événements heureux que nous avons accumulés au long de notre existence, de façon à pouvoir profiter de ces souvenirs plus tard. La vie est comme un compte de banque. On n'en retire que ce qu'on y a accumulé. Il faut y amasser le maximum de petits bonheurs, éviter d'y verser chagrins et peurs, vivre simplement, donner plus, attendre moins.
 
La vie est à la fois la chose la plus rationnelle et la plus irrationnelle qui existe. On crée la vie en s'accouplant. On peut la perdre aussi vite que nous l'avons reçue. On ne décide pas de naître. La nature a ses raisons. Ou bien est-ce le cœur? Si nous n'avons pas décidé de naître, pourquoi vivons-nous? Pourquoi faire de notre vie la meilleure chose possible? La vie est gratuite. Nous pouvons en faire ce que nous voulons. Nous n'avons de comptes à rendre à personne. On ne peut refuser la vie puisqu'on est forcé de naître. Comme on ne peut l'échanger et encore moins la rendre, on essaye d'en faire simplement le meilleur usage. R

 


Éditorial de Daniel Pezat : La mort

Un jour ou l'autre, nous allons tous mourir. C'est inévitable, incontournable et irréversible. Ce sera le dernier acte de notre vie. Autant l'accepter, personne n'échappera à la mort. Le pourquoi du trépas est évident. Imaginez le monde avec un Hitler, un Napoléon, un Harper ou un Charest à perpétuité! Le tout est de savoir comment nous finirons notre vie.
 
Je ne parlerai pas de suicide ou d'euthanasie, bien que ce soient des options de fin de vie qui sont à mes yeux importantes et pertinentes. Ces choix appartiennent à chacun de nous. Je voudrais vous entretenir de la mort, du deuil et, si je le peux, dans quelle condition nous allons mourir. J'avoue, je n'ai pas d'expérience en la matière. Je ne suis jamais vraiment décédé.
 
Le grand Félix Leclerc nous l'a dit  : « C'est beau, la mort, c'est plein de vie dedans ». La mort n'est pas un problème, encore moins un mystère. Même quand nous le nions, nous savons qu'elle n'est tout simplement rien! Comment mourir serein est l'unique question. Seules la douleur et la dégradation physique et psychique sont indignes. Tous les moyens sont bons pour que ça cesse, quand nous savons que c'est la fin. Quand nous fermerons les yeux pour toujours, ni souhait, ni espoir. Seulement en finir. L'impuissance de vivre est épuisante pour nous et nos proches. Donner congé à notre désir de vivre éteint est la moindre des courtoisies que l'on doive aux autres et à soi-même.
 
Nous n'avons en général pas peur de la mort, mais nous ne voulons pas devenir vieux. Pourtant, un beau matin, il nous faut faire le compte de nos jours passés et de ceux éventuels qu'il nous reste. Une urgence de faire quelque chose, de laisser une trace. Je ne sais pas pourquoi, une sorte d'instinct. Laisser un souvenir. Une garantie d'immortalité, même si l'immortalité ne durera que le temps des souvenirs dans l'esprit et le cœur de ceux qui nous survivent.
 
Plus la peur et la souffrance face à la mort deviennent l'objet d'un envisageable traitement médical efficace, moins elle est vécue comme un problème religieux. Seuls ceux qui en ont l'intérêt préservent les anciennes croyances en une vie éternelle. L'éternité n'a ni passé ni avenir. L'éternité, c'est le présent. Il n'y a pas de vie éternelle, seule La Vie est éternelle.
La mort comme la naissance est un acte de solitude. Au début comme à la fin, nous sommes seuls. À la naissance, nous sommes accueillis souvent par des larmes de bonheur; à notre mort, les larmes de ceux qui restent nous accompagnent. Mais toujours, dans le fin fond de notre être, nous sommes isolés.
 
Au moment de la mort, qui souffre le plus, celui qui meurt ou ceux qui nous survivent avec leur peine et leur chagrin? Car notre culture commande le chagrin en ces occasions. Ce qui m'amène au deuil. Il est multiple et salutaire. S'il est absent, la blessure ne se referme pas, la peine est infinie et la douleur constante.
 
Beaucoup se réfugient dans la prière pour atténuer le mal. Je ne sais pas prier, ou plutôt, j'ai désappris. Au temps du catéchisme, j'ai pratiqué l'église buissonnière, préférant la fumée d'une cigarette clandestine à celle de l'encens. Je n'ai pas appris à faire un deuil suite à un décès. Rendu à un âge avancé, je n'ai jamais vu quelqu'un mourir dans un lit. Pour moi, la mort n'est synonyme que de violence, actes de guerre ou accidents.

Plus haut, je disais que le deuil est multiple, nous perdons des parents, des amis, des amours, un emploi et des collègues de travail, un animal. J'ai vu pleurer pour la perte d'un objet. J'aurais aimé vous dire comment faire le deuil, alors que je n'ai appris finalement qu'à passer à autre chose, à le refouler en quelque sorte.
 
Pourtant, le deuil est nécessaire et complexe. Même si au moment de la perte, la peine semble intolérable, il est normal et sain d'éprouver des émotions intenses. Il faut du temps pour s'en remettre. La durée du deuil dépend de la situation de l'endeuillé. Le deuil n'est pas une faiblesse, mais bien une nécessité. Le deuil nous aide à accepter l'absence du défunt et la fin de notre relation avec lui. Il nous permet de concentrer nos énergies vers l'avenir.  R

 


Éditorial de Daniel Pezat
Le trip du règlement

Vous avez tous entendu parler de cette affaire où des enfants, qui jouaient au hockey (notre sport national), dans une rue de Dollard-des-Ormeaux, ont fait l'objet d'une plainte d'une personne dont la quiétude était troublée par les cris des joueurs.
 
Pas drôle, il existe un règlement qui stipule que des enfants de Montréal ne peuvent pas jouer dans la rue. On comprend que jouer au hockey sur la rue Sainte-Catherine ne soit pas permis. Mais dans une rue de banlieue où la vitesse permise est souvent de moins de 50 km/h, quelque part, il y a de la bêtise. Pire que ça, il se trouve des policiers qui ne font pas la part des choses. Les enfants en question se sont vu dresser une contravention. Le jugement ou la jugeote fait-elle partie de la formation d'un policier de Montréal?
 
Vous me direz que la police est là pour faire respecter les lois et les règlements, pas pour les discuter. Mais qui fait donc ces règlements aussi inutiles que brimants, sinon exaspérants? Ne cherchez pas loin. Ce sont nos administrateurs, des gens que nous avons élus. Il me semble que le fait de gagner ses élections ne donne pas l'obligation d'embêter le pauvre monde.
 
Où il y a des hommes, il y a de l'hommerie. C'est une vérité de La Palice. Il faut (hélas) des règlements pour pouvoir vivre ensemble sans trop se piler sur les pieds. Mais au Québec, nous avons la manie de faire des règlements sans trop savoir les tenants et les aboutissants. Souvent inspirés par les services policiers, ils n'ont finalement d'autres buts que de leur donner plus de pouvoir. Il ne faut pas non plus sous-estimer les pressions des particuliers qui ne voient que la protection de leur sacro-sainte tranquillité et de leurs intérêts.
 
Pensez-vous que Lingwick échappe à ce genre d'ennuis? Que non! Au fil des ans, des règlements de toutes sortes nous pleuvent sur le dos : de l'endroit où ne pas faire pipi à l'endroit où placer une roulotte, nous sommes en arcanne dans un filet bien serré de contraintes.
 
Daniel, tu devrais te taire. Dans une autre vie, tu as été un élu, tu as participé à cela. En vieillissant et en prenant du recul, je me rends bien compte que plus souvent qu'à mon tour, je n'ai pas refusé de participer à ce jeu de pouvoir. Chaque fois que l'on fait un règlement, on crée une nouvelle délinquance.
 
Pris entre les lois fédérales et provinciales, les règlements de la MRC (il ne faut tout de même pas l'oublier, celle-là), ceux de la commission scolaire et de la municipalité, je me demande si nous avons encore le droit de respirer. C'est simple, nous ne sommes plus maîtres chez nous!
 
La manie du règlement, quand on est en situation de pouvoir, s'attrape pas mal vite. C'est presque inévitable. Le plus souvent, personne ne se soucie des conséquences. De quelle façon et par qui ce sera appliqué. Non, dans le trip du moment ou pour avoir la paix avec un citoyen, on réglemente at large. Faute de personnel, l'administration compte sur la population. Nos voisins sont nos gendarmes! C'est la délation érigée en système! Je refuse de jouer ce rôle! Cette surveillance est malsaine. Elle n'amène que suspicion et chicane. Pourquoi faire des règlements si nous n'avons pas les moyens de les mettre en application? Je me souviens m'être fait dire à une séance du conseil : « Ne t'inquiète pas, on ne les fera pas appliquer. » Alors, pourquoi en faire? Il y en a mare!
 
Autre bizarrerie des règlements, ils ne sont jamais abrogés, en tout cas pas souvent. Au fil du temps, ils s'empilent les uns sur les autres. À l'occasion, en se contredisant. Ils tombent dans l'oubli. Mais ils sont toujours en vigueur. Une épée de Damoclès sur nos têtes, ou en plus moderne, Big Brother nous surveille. Trop de règlements, c'est comme pas assez; finalement, tout le monde s'en moque.
 
Autrefois, enfin, il n'y a pas si longtemps, c'était l'Église qui nous disait quoi faire ou (surtout) ne pas faire. Aujourd'hui, ce sont tous les niveaux de gouvernement qui ont pris la relève. De la menace de l'enfer, nous sommes passés à celle des amendes. Finalement, la récréation du début des années 70 n'aura été que de courte durée.
 
Il est évident qu'il faut des règlements et des lois pour pouvoir vivre en société. La sécurité est une priorité, dont la protection des personnes et des biens. Protéger l'environnement un incontournable. Il ne faut néanmoins pas que les règlements, d'où qu'ils viennent, tuent tout esprit d'initiative. R


Éditorial de Daniel Pezat : Le trip du règlement

Vous avez tous entendu parler de cette affaire où des enfants, qui jouaient au hockey (notre sport national), dans une rue de Dollard-des-Ormeaux, ont fait l'objet d'une plainte d'une personne dont la quiétude était troublée par les cris des joueurs.
 
Pas drôle, il existe un règlement qui stipule que des enfants de Montréal ne peuvent pas jouer dans la rue. On comprend que jouer au hockey sur la rue Sainte-Catherine ne soit pas permis. Mais dans une rue de banlieue où la vitesse permise est souvent de moins de 50 km/h, quelque part, il y a de la bêtise. Pire que ça, il se trouve des policiers qui ne font pas la part des choses. Les enfants en question se sont vu dresser une contravention. Le jugement ou la jugeote fait-elle partie de la formation d'un policier de Montréal?
 
Vous me direz que la police est là pour faire respecter les lois et les règlements, pas pour les discuter. Mais qui fait donc ces règlements aussi inutiles que brimants, sinon exaspérants? Ne cherchez pas loin. Ce sont nos administrateurs, des gens que nous avons élus. Il me semble que le fait de gagner ses élections ne donne pas l'obligation d'embêter le pauvre monde.
 
Où il y a des hommes, il y a de l'hommerie. C'est une vérité de La Palice. Il faut (hélas) des règlements pour pouvoir vivre ensemble sans trop se piler sur les pieds. Mais au Québec, nous avons la manie de faire des règlements sans trop savoir les tenants et les aboutissants. Souvent inspirés par les services policiers, ils n'ont finalement d'autres buts que de leur donner plus de pouvoir. Il ne faut pas non plus sous-estimer les pressions des particuliers qui ne voient que la protection de leur sacro-sainte tranquillité et de leurs intérêts.
 
Pensez-vous que Lingwick échappe à ce genre d'ennuis? Que non! Au fil des ans, des règlements de toutes sortes nous pleuvent sur le dos : de l'endroit où ne pas faire pipi à l'endroit où placer une roulotte, nous sommes en arcanne dans un filet bien serré de contraintes.
 
Daniel, tu devrais te taire. Dans une autre vie, tu as été un élu, tu as participé à cela. En vieillissant et en prenant du recul, je me rends bien compte que plus souvent qu'à mon tour, je n'ai pas refusé de participer à ce jeu de pouvoir. Chaque fois que l'on fait un règlement, on crée une nouvelle délinquance.
 
Pris entre les lois fédérales et provinciales, les règlements de la MRC (il ne faut tout de même pas l'oublier, celle-là), ceux de la commission scolaire et de la municipalité, je me demande si nous avons encore le droit de respirer. C'est simple, nous ne sommes plus maîtres chez nous!
 
La manie du règlement, quand on est en situation de pouvoir, s'attrape pas mal vite. C'est presque inévitable. Le plus souvent, personne ne se soucie des conséquences. De quelle façon et par qui ce sera appliqué. Non, dans le trip du moment ou pour avoir la paix avec un citoyen, on réglemente at large. Faute de personnel, l'administration compte sur la population. Nos voisins sont nos gendarmes! C'est la délation érigée en système! Je refuse de jouer ce rôle! Cette surveillance est malsaine. Elle n'amène que suspicion et chicane. Pourquoi faire des règlements si nous n'avons pas les moyens de les mettre en application? Je me souviens m'être fait dire à une séance du conseil : « Ne t'inquiète pas, on ne les fera pas appliquer. » Alors, pourquoi en faire? Il y en a mare!
 
Autre bizarrerie des règlements, ils ne sont jamais abrogés, en tout cas pas souvent. Au fil du temps, ils s'empilent les uns sur les autres. À l'occasion, en se contredisant. Ils tombent dans l'oubli. Mais ils sont toujours en vigueur. Une épée de Damoclès sur nos têtes, ou en plus moderne, Big Brother nous surveille. Trop de règlements, c'est comme pas assez; finalement, tout le monde s'en moque.
 
Autrefois, enfin, il n'y a pas si longtemps, c'était l'Église qui nous disait quoi faire ou (surtout) ne pas faire. Aujourd'hui, ce sont tous les niveaux de gouvernement qui ont pris la relève. De la menace de l'enfer, nous sommes passés à celle des amendes. Finalement, la récréation du début des années 70 n'aura été que de courte durée.
 
Il est évident qu'il faut des règlements et des lois pour pouvoir vivre en société. La sécurité est une priorité, dont la protection des personnes et des biens. Protéger l'environnement un incontournable. Il ne faut néanmoins pas que les règlements, d'où qu'ils viennent, tuent tout esprit d'initiative. R

 


2010 avril : Éditorial
C’est qui l’boss? Daniel Pezat

Non, rassurez-vous, je ne vous jaserai pas encore une fois des Jeux Olympiques (JO). Je veux juste vous faire remarquer qu’en fait, nous devrions parler de Jeux Olymp inc (JO inc.)! La pub et le mercantilisme se sont disputé les premières places; dans ce cas-ci, l’or était au rendez-vous.
 
Même si l’aspect économique des jeux n’est pas évident lorsqu’on regarde le spectacle, les Olymp inc. sont une industrie en pleine croissance. Les JO inc. représentent une occasion d'affaire exceptionnelle pour les businessmen : de la publicité, de l’immobilier, de la gestion, de la sécurité, du secteur hôtelier et récréatif, de la finance, de la construction d'infrastructures et du transport. Le comité international olympique se décrit lui-même comme une société sans but lucratif; on ne peut pas en dire autant de tout ce qui grouille aux alentours.
 
Tout ça pour vous dire que les faiseurs de piastres sont partout. On l’appelle la société marchande. C’est une société où toutes les actions et les pensées sont gouvernées par l'esprit marchand. Où tout a un prix, mais où rien n'a de valeur. Où même ce qui n'est pas économique et commercial est considéré comme une marchandise.
 
La société capitaliste dans laquelle nous vivons a fait peau neuve, elle se fait appeler : société marchande! Elle est partout et domine notre civilisation occidentale. Faisant fi des régimes politiques, elle trouve son origine dans les théories du libéralisme. Elle fait bon ménage avec la gestion de l'État-providence québécois, ou ce qui en reste! Elle est dominée par l'esprit de calcul. La société marchande réduit les fonctions et les rapports sociaux au modèle économique de l'échange. Comme si la société n'était qu'un marché livré aux spéculateurs. Tout et tous sont touchés par ce fléau. La santé n’est plus qu’une opération comptable et les recteurs d’universités, des PDG de PME.

Où tout a un prix, mais où rien n'a de valeur.

Dans un monde dénué de véritables relations humaines. Soumis uniquement au règne sans pitié des capitaux. Où rien n’est gratuit, ni donné. Où rien n’a à voir avec la spontanéité d’un être humain. Tout est toujours le fruit d’une opération financière. Le pouvoir de nos gouvernements se résume au mieux à laisser faire, au pire, à l’encourager au détriment du peuple.
 
Nous vivons dans une démocratie. Les pouvoirs publics doivent s’exercer selon des balises définies par un ensemble de normes juridiques. Ainsi est fondée la légalité administrative : l'État de droit. Il peut être résumé par : nul n'est au-dessus de la loi. En général, cet ordre regroupe un ensemble de règles juridiques qui protègent les citoyens contre les formes arbitraires du pouvoir. Pour qu'un État de droit existe, il faut que les lois qui émanent de l'État soient connues de tous. Personne ne peut y échapper. Elles doivent s'appliquer à tous. La violation de la loi doit entraîner des sanctions. Après ce beau blabla, si j’osais, je dessinerais un bonhomme sourire!
 
Grâce à l’influence de la société marchande ou à cause d’elle, c’est l’argent et son frère le profit qui contrôlent l’État. Les lois doivent être connues de tous : demandez aux gens qui ont vu leurs épargnes s’envoler; Ou qui doivent remplir leurs déclarations de revenus. Personne ne peut échapper à la loi. Mon œil : des écoles privées et des garderies confessionnelles poussent comme des champignons. La loi s’applique à tous : demandez aux gens qui traînent et meurent dans les corridors d’hôpitaux. Finalement, la violation de la loi entraîne des sanctions. Parlez-en aux cols bleus de Montréal.
 
L’adhésion des libéraux de Jean Charest et des conservateurs de Stephen Harper à la doctrine de la société marchande semble avoir développé au sein de la gente politique une sorte d’amnésie galopante. Ces derniers ne semblent plus se souvenir que les citoyens du Québec et du Canada ont des droits. Que ceux-ci doivent impérativement être respectés. Qui, pensez-vous, gouvernent à Québec et à Ottawa? Sûrement pas les gens que nous avons élus. En fait, ils ne font que du bruit.
 
Le véritable pouvoir est aux mains des lobbyistes payés par les marchands.
 
Le Reflet du canton de Lingwick, avril 2010, page 3

 


2010 mars : Éditorial
Revers de médaille par Daniel Pezat


Quand vous lirez ces lignes, les jeux olympiques (JO) de Vancouver seront du passé. Les projecteurs une fois éteints, que restera-t-il de tout ce bruit médiatique?
 
Vancouver voulait les jeux; les élus, les marchands de béton, les investisseurs de tout poil se démenaient. Il y avait de la piastre dans l’air! Qu’en pensaient les Vancouvérois… leur enthousiasme n’était pas aussi évident. Que dire des sans-abri que l’on envoie camper à la campagne, pour donner une belle image de la ville. Pour certains, le cauchemar.
 
Il n’y a pas que Montréal qui, en 1976, a eu droit à une escalade démesurée des coûts associés aux JO. À l’origine, ceux de 2010 étaient de 765 millions de dollars, le coût total des infrastructures sera plutôt de l’ordre de quatre milliards de dollars. La Colombie-Britannique voulait les jeux les plus verts de l’histoire, pour cela le comité organisateur s’associait avec la pétrolière Petro-Canada!
 
Parlons-en des jeux verts de Vancouver. Cette fois-ci, nous disait-on, les jeux seront plus verts que jamais et leur tenue se fera dans le respect le plus strict de l’environnement. Pas besoin de chercher longtemps pour se rendre compte qu’il n’en est rien. Un exemple, pour construire des terrains de stationnement, il a fallu raser 12 hectares de forêt. 4 800 arbres, certains vieux de plus de 500 ans, ont été sacrifiés. En tout, ce sera 100 000 arbres qu’il aura fallu abattre pour faire de la place à l’asphalte et au béton! C’est sans compter les milieux humides et l’excavation de fonds aquatiques. Le culte de l’éphémère, un beau gâchis environnemental pour 17 jours de festivités.
 
Pour sa part, le gouvernement canadien investissait 1,5 milliard de dollars pour l’entraînement et la formation des athlètes. Le but avoué, faire la plus grosse récolte de médailles de l’histoire du Canada! Pendant ce temps, au moins 760 000 enfants, soit environ un sur neuf, grandissent dans la pauvreté. Dans ce pays, le taux de pauvreté infantile est de 12 %. Au lieu d’investir pour des médailles même d’or, le gouvernement Harper ferait davantage en se souciant du mieux-être des moins nantis.
 
Durant les JO, on nous a beaucoup parlé de la volonté, du courage, de la persévérance des athlètes, des souffrances endurées pour pouvoir un jour monter sur le podium et qui sait, gagner la médaille d’or. Le père des JO modernes, le baron de Coubertin, disait pourtant que l’important n’était pas de gagner mais de participer. Mon œil! Tout le monde n’en a que pour l’or. L'attention portée aux premiers est telle que le fait de remporter l'argent ou le bronze est presque perçu comme un échec! Que dire des athlètes qui terminent une épreuve au quatrième ou cinquième rang, on n'en parle même pas. Pourtant le fait de se qualifier pour une compétition sportive internationale est déjà en soi quelque chose de notable!
 
Toujours plus haut, toujours plus vite, pour être le premier. La course au podium mènera beaucoup d’athlètes à des problèmes de santé permanents. Plus tard, nous devrons en assumer les coûts. Sous la pression de leurs commanditaires, des médias et des gouvernements, des femmes et des hommes vont risquer leur santé et leur vie pour quelques minutes de gloire.

La lutte pour l’obtention d’une première place est féroce. Il n’y a pas que l’honneur et la fierté qui soient au rendez-vous. Des contrats de plusieurs millions de dollars attendent les meilleurs. Les compagnies commanditaires veulent rentrer dans leur argent. Les gouvernements recherchent visibilité et prestige sur la scène internationale. Le peuple comme toujours veut être ébloui. Le temps d’une course, il oublie sa vie routinière.
 
Tout ça pour pouvoir se péter les bretelles qu'on est "plus haut, plus loin, plus fort" que le gars d'à côté? Ça donne quoi? Être le plus rapide pour descendre une piste de ski sans se tuer! Est-ce que ça donne un remède contre le cancer? Est-ce que ça aide l'humanité à grandir? Pour avoir regardé ça à la télévision, nous sentons-nous plus fiers, sommes-nous plus intelligents ou de meilleures personnes?

À part les bienfaits physiques de l'exercice, quand il n'y a pas d'usure ou de blessures sévères, je suis seul à penser que c'est un cirque inutile. Je suis seul à trouver ça niaiseux que des populations s'endettent pendant des décennies pour ça? Dire que la ville de Québec veut ses jeux olympiques!
 


Éditorial
La tolérance, jusqu’où?
Par Daniel Pezat

À la dernière rencontre du journal, nous avons parlé comme d'habitude des textes à paraître. L'éditorial est toujours l'occasion de belles discussions; souvent, les idées s'entrechoquent, il y a des étincelles. De là jaillit la lumière. Cette fois-ci n'a pas fait exception. Le sujet pour février : la rectitude politique et la tolérance. Tout un contrat! Tourne, vire, finalement j'en arrive de fil en aiguille à la tolérance et… à l'abus de tolérance.

Vous me direz que rectitude politique et tolérance font bon ménage, sauf que quelque part, il y a quelque chose de pourri au royaume de la pensée politiquement correcte. Naïvement, j'ai longtemps cru que la liberté d'expression était un droit de toujours. C'était sans compter sur le délit d'opinion. Oui, oui, vous avez bien lu. Jadis, il était de bon ton de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Aujourd'hui, il ne faut tout simplement plus parler, surtout quand on aborde des sujets comme le racisme ou le sexisme.

Le Québec est terre d'accueil. Les Québécois sont gens généreux, par contre ils n'aiment pas se faire dire quoi faire chez eux. Normal, non! Pourtant, la rectitude politique nous commande la tolérance tous azimuts. Elle veut non seulement nous imposer quoi dire, tout comme quoi penser! La tolérance est une arme à deux tranchants. Quand vous faites partie d'une communauté minoritaire, vous avez droit au respect. Mais si vous êtes issu de la majorité, on peut vous traîner dans la boue et vous insulter sans grands risques. Si jamais vous le faites remarquer, hélas, c'est que vous n'avez pas le sens de l'humour!

Tolérance et respect de l'autre vont de pair, le respect de ses croyances, de sa culture, de ce qu'il est. Cette tolérance et ce respect ne peuvent être à sens unique. Pourtant, il suffit de regarder les publicités pour se rendre compte que les hommes sont sans cesse décrits comme des « épais » et personne n’y trouve rien à redire. Au contraire, c'est drôle! Mais, si vous avez l'audace de mettre une fille en bikini à côté d'une bouteille de bière, on vous traitera de machiste.

La question n'est pas de revendiquer le droit de raconter des blagues racistes ou sexistes. Je prétends seulement que ce qui est bon pour les uns est bon pour les autres. Que le respect et la tolérance ne devraient pas être un chemin à voie unique, comme nous le vivons de nos jours, mais bien une autoroute à double sens. Le gouvernement n'a pas à soutenir les Jaunes, les Blancs ou les Noirs. Il n'a à aider que les gens qui sont dans le besoin. Et des gens qui sont nécessiteux, il y en a dans toutes les communautés. Il y a des Noirs riches comme il y a des Blancs pauvres, et il y a des hommes chômeurs comme il y a des femmes chefs d'entreprise. Arrêtons de toujours diviser notre société en petits groupes fermés. Cessons de toujours tout mettre sur le dos de la majorité, car elle commence à en avoir ras le bol d'être le souffre-douleur de la rectitude politique.
Faire partie de la majorité ne signifie pas que l'on doive se sentir le plus fort, être celui qui a toujours raison, sauf que quelque part, la majorité aimerait bien jouer son rôle de majorité. Ne pas, plus souvent qu'à son tour, se sentir coincée entre ce qu’elle pense et ce qu'elle a le droit d'exprimer. En fait, en matière de tolérance, ne serions-nous pas notre pire ennemi?

Quand nous parlons de tolérance, tout le monde comprend que nous parlons d'acceptation de l'autre, de l'étranger, de l'immigrant, de la personne différente. Il vient d'ailleurs, a d'autres coutumes, d'autres habitudes, il a sa « parlure », ses goûts et ses croyances. Tout cela fait la personnalité d'un être humain. Il n'en demeure pas moins que la culture d'un arrivant ne peut supplanter celle de la majorité qui l'accueille. Dans son cercle privé, famille, amis ou dans sa communauté, libre à lui de vivre selon les coutumes de son pays d'origine. Dans la rue, dans l'espace public, nenni, au Québec, on adopte les valeurs québécoises!

Si j'avais à reprendre la route et émigrer, je me verrais mal vouloir imposer mes valeurs à mon pays d'accueil. Il est clair que chez moi, je parlerais français, je fêterais Pâques, Noël et l'Action de grâce, j’écouterais du Vigneault. Par contre, pas question d'extérioriser mes coutumes au risque de froisser mes voisins. Ma culture est pour moi importante, je n'ai pas à l'imposer aux autres.


Édito par Daniel Pezat
La maudite publicité

Vous me direz que des pubs, c'est comme le reste : il y en a des bonnes et d'autres qui le sont moins. Le gars avec sa super guenille à essorer me tombe particulièrement sur les nerfs et quand il remet ça avec sa bébelle à couper les légumes, il frise la provocation. Juste pour son babillage verbomoteur, jamais je ne voudrais acheter ces articles. Moi qui vous parle, j'ai développé un durillon au pouce droit juste à zapper les annonces. Si j'osais, je dirais : « Vive la télévision payante » où nous ne subirons plus cette invasion.

Le CRTC réglemente le temps de publicité qu'un télédiffuseur peut diffuser durant ses émissions. Hier encore, nous nous plaignions des trois minutes de pub. Aujourd'hui, nous sommes rendus à des séquences de quatre et même de cinq minutes. Bientôt, il n'y aura plus de réglementation : nous serons alors soumis au bon vouloir des compagnies.

Les publicitaires sont les nouveaux marchands du Temple. Ils finissent par nous faire croire, ils nous donneraient quasiment la foi dans ce qu'ils disent : « Les annonces sont là pour vous informer. » De quoi, au juste? Sûrement pas des méfaits d'une suralimentation, ou de la malbouffe. Encore moins des risques qui nous guettent à écouter leurs belles paroles et surtout à mordre à l'hameçon. Pour certains naïfs, la publicité est une vérité, presque une religion. Ils regardent l'infopub comme un téléroman! Presque une messe de la consommation.

La pub nous convie à un grand festin, celui de prendre nos désirs pour des besoins. Noël est à nos portes et comme d'habitude, nous aurons droit au bon père Noël à toutes les sauces. En hélicoptère, en traîneau, à bicyclette ou en patins à roulettes. Le vieux chenapan va se prostituer pour mieux nous faire dépenser.

Jusqu'où peut aller la publicité? Au mois de mai 2009, à Montréal, pour faire la promotion des bicyclettes Bixi, elle prenait la forme d'un blogue : « À vélo, citoyen ». Les commentaires venaient de faux blogueurs. Des gens qui étaient tout simplement payés pour mettre leurs commentaires (évidemment favorables) en ligne. En fait, c'était l'agence Morrow Communications qui, artificiellement, faisait cette campagne de marketing par ailleurs véridique!

Après les journaux et la télévision, Internet est le troisième plus grand diffuseur de publicité. Selon le plus récent rapport d'IAB Canada, l’Internet est le média le plus recherché par les annonceurs, que ce soit en termes d'argent investi par les consommateurs qu’en temps alloué aux achats en ligne. En 2008, au Canada, les recettes de la publicité en ligne ont connu une croissance de 29 % par rapport à 2007, et de plus de 400 % depuis 2004, pour atteindre les 1,6 milliards de dollars. La publicité de langue française représente 20 % du total, en hausse de 22 % par rapport à 2007.

Il n'y a pas si longtemps, il était de bon ton d'être à la mode; aujourd'hui, il faut être tendance. Tout cela, pour nous faire avaler que la paire de bottes ou le manteau de l'an passé ne sont plus bons. À écouter les gourous de la mode et du marketing, une garde-robe doit être changée tous les trois mois. C'est vraiment prendre le pauvre monde pour des imbéciles.

La publicité et l'exploitation du corps. Avez-vous remarqué que tous les acteurs, femmes ou hommes, sont « beaux »? Les femmes, peu importe l'âge, sont minces et toujours élégantes, les hommes sont des athlètes. Le gars qui veut absolument nous prouver que sa crème à raser est la meilleure est jeune, pratiquement imberbe. J'aimerais voir une démonstration sur la barbe de quelques jours d'un homme de soixante-dix ans! La femme avec sa crème contre les rides… À son âge, il est normal de ne pas en avoir! N'oublions pas les équipements de musculation. C'est drôle, la personne qui fait la démonstration est soit déjà faite au moule, ou autre variante, un petit gros s'échine sur la mécanique et l'image suivante, on nous présente monsieur muscles dans toute sa splendeur, au bras d'une pin up sur une plage. Comme si de beaux abdominaux étaient un passeport pour le bonheur.

Depuis le début de cette page, j'essaye de vous dire que le bien-être, la santé, la joie de vivre ne se trouvent pas dans la consommation tous azimuts. Nous devons garder notre esprit critique. Avoir l'œil ouvert et faire nos achats sans subir la pression des annonces ou des vendeurs. Après tout, c'est notre argent!


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